Premier Instant  (2021/2022)

"L'enfance, j'ai remarqué, c'est d'abord une lumière particulière. C'est un monde de sensations qui semble allergique à la réflexion. La mémoire est une banque où l'on fait constamment des emprunts et des dépôts. La bibliothèque de l'enfance est immense", Danny Lafferrière, Journal d'un écrivain en pyjama, 2013

 

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Je pensais aborder le thème de l’enfance et de la mémoire depuis quelques années déjà, mais l’actualité (les confinements successifs que nous avons vécu depuis mars 2020) a accéléré ce retour sur soi. Puisque les voyages et l’extérieur nous sont devenus interdits, je voyage dans les souvenirs. Convoquer le « premier instant », c’est-à-dire le tout premier souvenir de son enfance, c’est solliciter le « grand grenier », et revivre un monde de sensations, une émotion brute et organique (la réminiscence d’une odeur, d’une voix, d’une atmosphère, d’une lumière). Ce reflux autobiographique échappe à tout processus intellectuel, il est instinctif.
Les neurosciences évoquent aujourd’hui l’ « amnésie infantile », c’est-à-dire l’absence de souvenirs personnels avant l’âge de 3 ans pour un être humain. Après cet âge, des « éclairs de conscience » reviennent. Pourquoi tel souvenir précis ressurgit et non un autre ? C’est là le grand mystère de la mémoire épisodique et sélective… Créer, c’est se remémorer et revivre les premières impressions qui nous ont ému, des lieux, des paysages, des êtres aimés. C’est cette approche primaire, primitive et viscérale que j’ai cherché à appréhender dans cette série. Retrouver la fraîcheur, l’énergie et les fulgurances des premiers instants de vie.
En premier lieu, j’ai exploré mon histoire personnelle, puis, en interrogeant mes proches et en écoutant le vécu d’écrivains, de musiciens ou de personnalités, j’ai jugé cette introspection passionnante, et pensé que ces expériences multiples et riches devaient être partagées. Ce travail de mémoire est également un défi plastique et visuel : comment traduire en peinture et sur une surface plane, une expérience sensorielle plutôt qu’une pensée ?
Mes souvenirs sont relativement tardifs (7-8 ans) et très liés à des moments heureux de vacances d’été en Bretagne. Dans le tableau « Lilia », je souhaitais représenter l’infini et la plénitude. Au commencement naît l’émerveillement. L’espace, la beauté d’une nature sauvage, les marées, et la limpidité de la lumière, si particulière dans le Nord Finistère, apparaissent comme un rêve. Les enfants sont des lilliputiens, dans cette vaste étendue, ivres du Grand Dehors. L’olfactif ne triche pas : les fragrances volatiles de terre, d’algues et de fougères ont été les premières à me saisir et me replongent instantanément, aujourd’hui encore, dans le pays de l’enfance. La fougère aromatique déclenchait, chez moi, une ivresse, une vitalité ; elle dégageait des envies irrépressibles de liberté. 
« Une vie sans mémoire ne serait pas une vie. Notre mémoire est notre cohérence, notre raison, notre sentiment et même notre action. Sans elle, nous ne sommes rien ». Luis Buñuel (Mon dernier soupir, 1982).

 

 

Respiro ! (2020/2021)

« Il me faut des torrents, des rochers, des sapins, des bois noirs, des montagnes, des chemins raboteux à monter et à descendre, des précipices à mes côtés qui me fassent bien peur. La marche avive mes idées. Il faut que mon corps soit en branle pour y mettre mon esprit ».  Jean-Jacques Rousseau (1712 – 1778)

 

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L’Odyssée (2013-2014)

« Toute la course errante d’Ulysse n’est qu’une vaste allégorie. Ulysse est comme un instrument de toutes les vertus qu’Homère s’est forgé ; par son intermédiaire, il enseigne la sagesse, car il déteste les vices qui ravagent l’humanité». Héraclite, VIè s. av JC

 

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Lu pour la première fois à l’âge de 17ans, j’ai souhaité revisiter l’œuvre d’Homère : L’Odyssée. Ce texte universel est d’une étonnante atemporalité et d’une profonde humanité. Il porte en lui de grandes valeurs éthiques.

Ce choix est également très personnel. A l’âge de 8 ans, le dessin animé japonais « Ulysse 31 » a stimulé mon imagination et m’a durablement donné le goût de l’aventure et de l’évasion. Adulte, mes premiers voyages en bateau, en Grèce et en Méditerranée m’ont comblé visuellement. Et puis, « la beauté de la vie, dans Homère, est partout », comme l’écrit si justement Jacqueline de Romilly.

Chaque tableau peint de cette série correspond à un chant de la narration odysséenne. La palette se limite volontairement aux quatre couleurs originelles de la peinture occidentale : le blanc, le noir, l’ocre jaune, l’ocre rouge. Ces quatre pigments naturels sont évoqués par Pline l’Ancien dans son Traité de Peinture (Histoire naturelle, livre XXXV) et se retrouvent sur les vases grecs antiques, les portraits du Fayoum et les fresques de Pompéi.

 

 

Métiers anciens, métiers nouveaux (2019/2020)

« Un, n’oubliez pas de regarder les étoiles et non vos pieds. Deux, n’abandonnez jamais le travail. Le travail donne un sens et un but, et la vie est vide sans le travail ».  Stephen Hawking (1942-2018)

 

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Cette série de dessins-peintures est un hommage aux métiers anciens et, surtout, aux métiers nouveaux. Contrairement à l’affirmation de Charles Baudelaire qui ne voyait dans la société, en 1863, « que trois êtres respectables : le poète, le soldat et le prêtre », il existe une pléthore de métiers où l’être humain peut exceller par son audace, sa créativité et sa générosité. J’ai délibérément choisi dans ces portraits d’Humanité, des femmes & des hommes dont les métiers libèrent, soulagent, protègent, nourrissent, élèvent et transmettent. Dans notre société, où la technologie conditionne de plus en plus la raison, il est rassurant de constater, qu’hier comme aujourd'hui, la main et le cerveau humains restent les outils professionnellement les plus innovants. Le cœur, comme toujours, est l’organe vital de ce sujet : sans partage, le travail est une vaine agitation. L’important est l’utilité sociale : le travail peut aujourd’hui encore et malheureusement asservir, mais il peut aussi être le choix d’un acte de bonté envers l’humanité. Il peut aussi fortifier : par l’opportunité de se découvrir soi-même, et de devenir.

Dans les sociétés occidentales, et depuis les années 70, toutes sortes de métiers se sont féminisés. Ce travail analyse le phénomène et témoigne de toutes ces femmes dont la persévérance est exemplaire, qu’elle soit repasseuse, chirurgienne, hackeuse, moniale ou activiste écologique. « Les deux piliers de la domination masculine résident dans le contrôle social de la fécondité des femmes et dans la division du travail entre les deux sexes », écrivait Françoise Héritier. L’éducation et l’accès au travail réduisent, en théorie, les inégalités entre les genres. Les femmes sont aujourd’hui, et encore, les plus discriminées dans leurs activités: 2/3 des 774 millions d'adultes analphabètes dans le monde restent des femmes…et la proportion de celles-ci n’a pas évolué depuis 20 ans (Unesco, 2019). Sur le travail des femmes, l’histoire de l’art et les œuvres des artistes (majoritairement masculins), ne semblaient pas et injustement, en témoigner……..A tort, car, comme le dit le proverbe indien : « Le travail d’une femme vaut plus que le discours de 100 hommes » !

« Respectable » le poète ?.... Dans l’artiste, il y a deux êtres : l’artisan qui rêve et le rêveur qui artisane. Le poète a l’imagination d’un enfant : il ne décrit pas le monde, il le découvre. Et sa création insuffle la VIE. Il ou elle est forcément un idéaliste qui refuse la réalité en l’état. Le poète est un vecteur d’espérance et « le serviteur d’idéaux supérieurs », comme l’écrivait Vassily Kandinsky* en 1910 : en cela, le créateur cumule de nombreux métiers. Je crois au Beau, à la Bonté et aux vertus du Merveilleux. « La création, c’est l’intelligence qui s’amuse ! » (Albert Einstein).


*« Du spirituel dans l’Art et dans la peinture en particulier »

 

 

Ex-votos (2015)

« La couleur est un moyen d’exercer une influence directe sur l’âme. La couleur est la touche. L’œil est le marteau. L’âme est le piano aux cordes sensibles ». Vassily Kandinsky, 1912

 

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C’est un voyage au Mexique, réalisé en Février 2015, qui a inspiré cette série de dessins de grand format (76x58cm).

Historiquement, les ex-votos (ou «selon le voeu fait ») sont des offrandes ; ils expriment tout ce qui exalte ou accable les êtres humains et témoignent de la difficile condition de l’homme qui aspire à l’aide et au salut. Fascinée par les couleurs pures des Codex, masques et céramiques des cultures de MésoAmérique, ce travail est une allégorie de la couleur.

Le Journal de Frida Kahlo et les écrits de Joris Karl Huysmans m’ont guidé dans cette démarche. Depuis toujours et dans toutes civilisations, chaque couleur traduit un état d’âme, une humeur, une réaction face à la vie. Un sentiment qui peut changer du tout au tout.

Le Bleu est le symbole de la candeur et de l’innocence, le Rouge celui de la passion et de la souffrance, le Vert : la sève perpétuelle. Le Jaune traduit la peur et la trahison. Le Noir, le néant, la pénitence et la mort.

La technique allie le stylo bic, les encres, la gouache et le pastel sur papier Arches.